Les statistiques agricoles publiées par Statbel à l’été 2025 offrent une photographie contrastée du secteur en Belgique.
Si la superficie agricole utile se maintient, le nombre d’exploitations poursuit sa lente érosion. Dans le même temps, la météo de 2023 et les nouvelles orientations de la Politique agricole commune (PAC) continuent d’influencer profondément les productions végétales comme animales. Entre déclin du cheptel bovin, progression de certaines cultures et diversification vers les fruits à coque ou les oléagineux, l’année 2024 illustre les mutations en cours dans le paysage agricole belge.
Un nombre d’exploitations en recul, mais une surface agricole stable
Au 24 juillet 2025, Statbel a livré les résultats définitifs pour l’année 2024. La Belgique comptait alors 33.973 exploitations agricoles, soit une baisse de 0,8 % en un an. La tendance est générale : 21.514 fermes en Région flamande, 12.381 en Région wallonne et seulement 78 en Région bruxelloise.
Si le nombre d’agriculteurs se réduit, la superficie agricole utile (SAU) reste stable à 1.354.170 hectares, dont 731.983 en Wallonie et 618.224 en Flandre. Le modèle agricole se concentre donc sur des exploitations moins nombreuses, mais de plus grande taille.
Les céréales d’hiver victimes des pluies automnales
Les pluies abondantes de l’automne 2023 ont fortement perturbé les emblavements. Conséquence : la surface dédiée aux céréales d’hiver (froment, orge, épeautre) a chuté de 20,7 % en 2024. Le recul est particulièrement marqué en Flandre (-34,7 %) et plus modéré en Wallonie (-13,5 %).
Pour compenser, les agriculteurs se sont tournés vers les cultures de printemps, dont la surface a bondi de 72,4 % (+97,4 % en Flandre et +64,2 % en Wallonie). Le maïs grain a suivi la même dynamique, avec une hausse de 14,4 %.
Les pommes de terre (+5 %) et les betteraves (+4,1 %) affichent aussi une progression, confirmant leur rôle central dans l’assolement belge.
L’essor des oléagineux et du chanvre
2024 a marqué un tournant pour certaines cultures émergentes. En Flandre, les surfaces consacrées aux oléagineux (soja, tournesol) ont bondi de 91,1 %. Le chanvre, de son côté, connaît une croissance spectaculaire de 83 % à l’échelle nationale, symbole de la diversification agricole et de la recherche de débouchés alternatifs.
Cette tendance s’inscrit dans un contexte européen où la PAC encourage la biodiversité, les cultures à bas intrants et la réduction des importations de protéines végétales.
Légumes et fruits : contrastes et surprises
La production de légumes a connu une bonne année : +15,1 % en Flandre et +19,5 % en Wallonie, à l’exception des asperges et du brocoli.
Les fraises, en revanche, ont souffert des conditions humides : malgré l’augmentation de 2,2 % de la superficie sous serre, la surface totale enregistre un recul de 6,4 %.
Côté vergers, la stabilité est de mise, avec des dynamiques contrastées : les pommes reculent (-3,4 %) tandis que les poires progressent légèrement (+0,6 %).
Les fruits à coque tirent leur épingle du jeu. Les noix gagnent 10,3 % et les noisettes explosent avec une hausse spectaculaire de 77,9 %. Cette progression reflète un intérêt croissant pour des cultures résilientes face au changement climatique et à forte valeur ajoutée.
Les petits fruits (+5,7 %) doivent leur croissance presque exclusivement au vignoble, qui poursuit son développement avec +12,2 % de surface supplémentaire.
Les jachères en forte hausse sous l’impulsion de la PAC
La Politique agricole commune 2023-2027 pèse fortement sur les pratiques. Les incitants en faveur de la biodiversité et de la qualité des sols se traduisent par une forte progression des jachères. En 2024, elles bondissent de 94,7 % en Flandre et de 21,8 % en Wallonie.
Les mélanges fleuris, la moutarde blanche et le radis oléifère gagnent du terrain. Ces surfaces, bien que non productives au sens strict, participent à la préservation des écosystèmes et à la durabilité des exploitations.
Un cheptel bovin en recul marqué
Sur le plan animal, les chiffres confirment une tendance inquiétante : le cheptel bovin recule de 4,1 %, passant de 2,25 millions de têtes en octobre 2023 à 2,15 millions un an plus tard. La baisse touche autant la Flandre (-4,6 %) que la Wallonie (-3,6 %).
Le nombre d’exploitations bovines suit la même pente : -3,3 % à l’échelle nationale, deuxième baisse consécutive. Cette contraction questionne l’avenir d’une filière déjà confrontée aux enjeux climatiques, aux prix de l’alimentation animale et aux débats sur l’impact environnemental de l’élevage.

Porcins et volailles : des tendances divergentes
Le cheptel porcin reste globalement stable. Cependant, la Flandre enregistre une baisse du nombre d’élevages (-3,8 %), conséquence probable du plan de sortie soutenu par les autorités régionales. En Wallonie, la tendance est inverse, avec une légère hausse (+1,9 %).
Les volailles, elles, progressent de 0,8 % à l’échelle nationale. Cette croissance est presque exclusivement portée par la Wallonie, où l’effectif s’est accru de 5,1 %.
Entre pressions climatiques et mutations structurelles
L’agriculture belge en 2024 illustre les tensions multiples auxquelles font face les exploitants. Les contraintes météorologiques pèsent lourdement sur les cultures, tout en accélérant la transition vers de nouvelles productions. La PAC, de son côté, infléchit les choix d’assolement et favorise la mise en place de surfaces écologiques.
Mais c’est surtout le recul continu du cheptel bovin qui retient l’attention. Derrière les chiffres se dessine une recomposition profonde du secteur agricole belge, entre adaptation forcée et incertitude sur la pérennité de certaines filières traditionnelles.